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Déco gauche

Le vigneron monte à sa vigne...

Déco droite

Où est-tu vigneron ?

auteur: RO publié / révisé le: 27.08.2026

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C'est sur les paroles de la fameuse chanson de Carlo Boller et Maurice Budry que nous entamons cette article, car si le vigneron fut jadis joyeux, il ne l'est plus tant à notre époque. Il ne sa passe un jour sans que l'on entende les lamentations de nos vignerons les plus connus, comme Lionel Dugerdil à Genève, ici à gauche, et que l'bannerECon peut écouter dans le petit reportage que consacre Lémanbleu aux derniers développements sur lebannerEC marché. Son collègue vaudois, Alexandre Fischer, à droite, n'est pas en reste et a créé le mouvement "Les raisins de la colère", en paraphrasant Steinbeck et s'en explique dans une interview accorée à  Blick en 2025. Mais tous deux sont d'accord sur une chose, il y a trop de vin étranger qui entre en Suisse, ce qui met à mal la viticulture de ce pays.

Leurs doléances, liées à des situations financières dramatiques pour un grand nombres de vignerons, sont parfaitement compréhensible. Il n'en reste pas moins, que les marchés évoluent, et celui du vin ne fait pas exception. Les vignerons, comme les agriculteurs et nombres d'autres indépendants, sont de fervents défenseurs de la libre entreprise... sauf quand ils sont perdants bien évidemment. Il est un peu facile de hurler à la mort aujourd'hui, alors qu'il y a quelques années de nombreuses entreprises du secteur étaient florissantes. Alors allons donc y voir de plus près, et sans boire toute la récolte, essayons de comprendre ce qui s'est passé avec tout ce raisin.

À nos lecteurs encore sobres, nous allons essayer de détailler un peu le paysage vitivinicole, d'hier à aujourd'hui, en commençant par les évolutions les plus récentes :

Diminution des quantités de vin consommées en Suisse, mais aussi en Europe
Comme le montre clairement le graphique ci-dessous, les quantités diminuent partout, probablement pour les mêmes raisons : une baisse de la consommation pour des motifs de santé et des législations plus strictes sur les limites d'alcool au volant. De plus la jeune génération consomme globalement moins d'alcool et préfère les bières et/ou les cocktails. L'offre en bières artisanales et bières sans alcool, s'est d'ailleurs  développée de manière exponentielle.

Les tarifs au restaurant peuvent consVinaussi se révéler intimidants, et pour le prix d'un verre et demi de vin, des cocktails comme l'Apérol Spritz ou le Hugo, proposent 3 à 4 dl de liquide, ce qui permet de tenir toute la durée de l'apéritif. Enfin, compte tenu des marges pratiquées sur le vin en gastronomie — surtout pour les nectars de qualité — il est nettement plus intéressant de boire à la maison, alors que faire un Spritz chez soi se révèle parfois fastidieux. 

Évolution complémentaire des importations par rapport à la production locale
Ce problème met en lumière ce que la croissance démographique parvenait jusqu'ici à masquer. Si l'on plonge dans le passé, on constate des phénomènes très particuliers dans l'histoire de la consommation de vin dans notre pays. Un autre graphique illustre ici l'évolution des quantités importées et indigènes : on y remarque une très forte croissance des importations de 1960 à 1980. Cette croissance a été induite par un changement des goûts des consommateurs. À l'époque la production en Suisse était largement basé sur le vin blanc — essentiellement du consVincomp Chasselas en Suisse Romande —, ce qui avait provoqué un forte crise structurelle très similaire en apparence à celle que traverse la profession actuellement. Le Conseil Fédéral avait alors augmenté les quotas de vins rouges en attendant que les vignerons Suisses adaptent leur vignoble. Dès 1980 les chiffres reviennent au ratio historique de 1/3 (indigène) - 2/3 (importé),  car la production indigènes n'arrive pas à satisfaire la demande locale. On note ensuite une augmentation des quantités produites en Suisse de 2000 à 2010 et une baisse continue des quantités importées pendant plus de quarante ans.

Stratégies cantonales différentes mais toujours une volonté de qualité

Genève a fortement diminué ses rendements et opéré une transition vers une augmentations des vins rouges. Vaud continue d'essayer de maîtriser la production de Chasselas tout en se dirigeant vers une plus grande valorisation de ses terroirs. Le Valais diversifie sa production avec des cépages autochtones, de même que certains cépages des Côtes-du-Rhône qui s'y plaisent. Au Tessin, le Merlot a pris ses aises depuis plus de 100 ans et la restructuration du vignoble vers une monoculture qualitative produits des crus très compétitifs sur ce marché. Et le reste de la Suisse se spécialise essentiellement sur le Pinot-Noir (Blauburgunder), des cépages locaux et des cépages résistants.

Les deux graphiques ci-dessous illustrent la situation vers 2011

vinsCH1 VinsCH2










Une analyse plus fine de la situation montre des différences notables au niveau de la consommation de vins rouges et vins blancs. Dans un marché en diminution globale, les vins rouges importés et indigènes suivent à peu près la même tendance, alors qu'au niveau des vins blancs, la diminution des vins indigènes est plus marquée et les blancs étrangers augmentent fortement ces dernières années.

Cette dynamique est essentiellement à mettre sur le compte du facteur « bulles ». Les Italiens avec le Prosecco, comme les Espagnols avec le Cava, ont connu une croissance spectaculaire de leurs ventes au niveau mondial. Affichant des tarifs nettement plus avantageux que le Champagne, ils ont démocratisé la consommation de mousseux à l'apéritif, sans parler du boom des cocktails mixés qui en contiennent.

Dans une moindre mesure, on assiste à une transition du Chasselas vers des cépages internationaux comme le Chardonnay, le Sauvignon Blanc ou le Pinot Grigio. Une mode largement suivie par les jeunes générations, d'autant plus que les tarifs de certains Chasselas se révèlent prohibitifs pour un simple apéritif. Si l'on ne rencontre pas la même tendance destructrice au niveau des rouges, c'est pour une raison économique simple : dès lors qu'il accepte de débourser une somme plus importante, le consommateur choisit volontiers une bouteille indigène, séduit par les immenses progrès qualitatifs réalisés par nos vignobles ces dernières décennies.

En résumé, la stratégie axée sur le haut de gamme a payé — et continuera de payer — pour les vins rouges. En revanche, pour les blancs, les producteurs helvétiques seraient bien inspirés de s'orienter vers des vins et des mousseux plus simples, légers et compétitifs s'ils veulent tailler des croupières à leurs concurrents étrangers. Les règles du jeu n'ont pas fondamentalement changé : ce sont les cartes qui, cette fois, ont été mal distribuées. Il faut désormais faire avec la main que l'on a... jusqu'au prochain tour.

Bien malin celui qui pourrait prédire ce qui va se passer sur ce marché. Mais comme dans de nombreux domaines, ceux qui sauront faire du très haut de gamme et le vendre s'en sortiront assez bien. Les autres devront absolument chercher des niches répondant aux goûts des consommateurs d'aujourd'hui, ou développer des activités annexes permettant de survivre dans des conditions décentes. Une chose est sûre : ceux qui se contentaient de produire sans se réinventer n'ont définitivement aucun avenir, ou alors à des tarifs devenus impossibles à supporter.


Pour ceux qui voudraient aller plus, un excellent dossier très complet de PME sur le sujet, et un autre site RomanduVin propose aussi une belle comparaison historique des crises de 1960 et 1926.

Louis_Pasteur

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