Article 1 : Le marché du vin Suisse
Un rapide condensé de tout ce qui se dit et ne se dit pas sur ce marché actuellement en souffrance.
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C'est sur les paroles
de la fameuse chanson de Carlo Boller et Maurice
Budry que nous entamons cette article, car si le
vigneron fut jadis joyeux, il ne l'est plus tant à
notre époque. Il ne sa passe un jour sans que l'on
entende les lamentations de nos vignerons les plus
connus, comme Lionel Dugerdil à Genève, ici à
gauche, et que l'
on peut
écouter dans le petit reportage que consacre Lémanbleu
aux derniers développements sur le
marché.
Son collègue vaudois, Alexandre Fischer, à droite,
n'est pas en reste et a créé le mouvement
"Les raisins de la colère", en paraphrasant
Steinbeck et s'en explique dans une interview
accorée à
Blick en
2025. Mais tous deux sont d'accord sur une
chose, il y a trop de vin étranger qui entre en
Suisse, ce qui met à mal la viticulture de ce pays.
Leurs doléances, liées
à des situations financières dramatiques pour un
grand nombres de vignerons, sont parfaitement
compréhensible. Il n'en reste pas moins, que les
marchés évoluent, et celui du vin ne fait pas
exception. Les vignerons, comme les agriculteurs et
nombres d'autres indépendants, sont de fervents
défenseurs de la libre entreprise... sauf quand ils
sont perdants bien évidemment. Il est un peu facile
de hurler à la mort aujourd'hui, alors qu'il y a
quelques années de nombreuses entreprises du secteur
étaient florissantes. Alors allons donc y voir de
plus près, et sans boire toute la récolte, essayons
de comprendre ce qui s'est passé avec tout ce
raisin.
À nos lecteurs encore
sobres, nous allons essayer de détailler un peu le
paysage vitivinicole, d'hier à aujourd'hui, en
commençant par les évolutions les plus récentes :
Diminution des
quantités de vin consommées en Suisse, mais aussi
en Europe
Comme le montre clairement
le graphique ci-dessous, les quantités diminuent
partout, probablement pour les mêmes raisons : une
baisse de la consommation pour des motifs de santé
et des législations plus strictes sur les limites
d'alcool au volant. De plus la jeune génération
consomme globalement moins d'alcool et préfère les
bières et/ou les cocktails. L'offre en bières
artisanales et bières sans alcool, s'est
d'ailleurs développée de manière
exponentielle.
Les tarifs au
restaurant peuvent
aussi se
révéler intimidants, et pour le prix d'un verre et
demi de vin, des cocktails comme l'Apérol Spritz ou
le Hugo, proposent 3 à 4 dl de liquide, ce qui
permet de tenir toute la durée de l'apéritif. Enfin,
compte tenu des marges pratiquées sur le vin en
gastronomie — surtout pour les nectars de qualité —
il est nettement plus intéressant de boire à la
maison, alors que faire un Spritz chez soi se révèle
parfois fastidieux.
Évolution
complémentaire des importations par rapport à la
production locale
Ce problème met en lumière ce que la croissance
démographique parvenait jusqu'ici à masquer. Si l'on
plonge dans le passé, on constate des phénomènes
très particuliers dans l'histoire de la consommation
de vin dans notre pays. Un autre graphique illustre
ici l'évolution des quantités importées et indigènes
: on y remarque une très forte croissance des
importations de 1960 à 1980. Cette croissance a été
induite par un changement des goûts des
consommateurs. À l'époque la production en Suisse
était largement basé sur le vin blanc —
essentiellement du
Chasselas en Suisse Romande —, ce qui avait provoqué un forte
crise structurelle très similaire en apparence à
celle que traverse la profession actuellement. Le
Conseil Fédéral avait alors augmenté les quotas de
vins rouges en attendant que les vignerons Suisses
adaptent leur vignoble. Dès 1980 les chiffres
reviennent au ratio historique de 1/3 (indigène) -
2/3 (importé), car la production indigènes
n'arrive pas à satisfaire la demande locale. On note
ensuite une augmentation des quantités produites en
Suisse de 2000 à 2010 et une baisse continue des
quantités importées pendant plus de quarante ans.
Stratégies
cantonales différentes mais toujours une volonté
de qualité
Genève a fortement
diminué ses rendements et opéré une transition vers
une augmentations des vins rouges. Vaud continue
d'essayer de maîtriser la production de Chasselas
tout en se dirigeant vers une plus grande
valorisation de ses terroirs. Le Valais diversifie
sa production avec des cépages autochtones, de même
que certains cépages des Côtes-du-Rhône qui s'y
plaisent. Au Tessin, le Merlot a pris ses aises
depuis plus de 100 ans et la restructuration du
vignoble vers une monoculture qualitative produits
des crus très compétitifs sur ce marché. Et le reste
de la Suisse se spécialise essentiellement sur le
Pinot-Noir (Blauburgunder), des cépages
locaux et des cépages résistants.
Les deux graphiques ci-dessous illustrent la situation vers 2011
Une
analyse plus fine de la situation montre des
différences notables au niveau de la
consommation de vins rouges et vins blancs.
Dans un marché en diminution globale, les vins
rouges importés et indigènes suivent à peu près la
même tendance, alors qu'au niveau des vins blancs,
la diminution des vins indigènes est plus marquée et
les blancs étrangers augmentent fortement ces
dernières années.
Cette dynamique est
essentiellement à mettre sur le compte du facteur « bulles ».
Les Italiens avec le Prosecco, comme les Espagnols
avec le Cava, ont connu une croissance spectaculaire
de leurs ventes au niveau mondial. Affichant des
tarifs nettement plus avantageux que le Champagne,
ils ont démocratisé la consommation de mousseux à
l'apéritif, sans parler du boom des cocktails mixés
qui en contiennent.
Dans une moindre
mesure, on assiste à une transition du Chasselas
vers des cépages internationaux comme le Chardonnay,
le Sauvignon Blanc ou le Pinot Grigio. Une mode
largement suivie par les jeunes générations,
d'autant plus que les tarifs de certains Chasselas
se révèlent prohibitifs pour un simple apéritif. Si
l'on ne rencontre pas la même tendance destructrice
au niveau des rouges, c'est pour une raison
économique simple : dès lors qu'il accepte de
débourser une somme plus importante, le consommateur
choisit volontiers une bouteille indigène, séduit
par les immenses progrès qualitatifs réalisés par
nos vignobles ces dernières décennies.
En résumé, la stratégie axée sur le haut de gamme a payé — et continuera de payer — pour les vins rouges. En revanche, pour les blancs, les producteurs helvétiques seraient bien inspirés de s'orienter vers des vins et des mousseux plus simples, légers et compétitifs s'ils veulent tailler des croupières à leurs concurrents étrangers. Les règles du jeu n'ont pas fondamentalement changé : ce sont les cartes qui, cette fois, ont été mal distribuées. Il faut désormais faire avec la main que l'on a... jusqu'au prochain tour.
Bien malin celui qui
pourrait prédire ce qui va se passer sur ce marché.
Mais comme dans de nombreux domaines, ceux qui
sauront faire du très haut de gamme et le vendre
s'en sortiront assez bien. Les autres devront
absolument chercher des niches répondant aux goûts
des consommateurs d'aujourd'hui, ou développer des
activités annexes permettant de survivre dans des
conditions décentes. Une chose est sûre : ceux qui
se contentaient de produire sans se réinventer n'ont
définitivement aucun avenir, ou alors à des tarifs
devenus impossibles à supporter.
Pour ceux qui voudraient aller
plus, un
excellent dossier très complet de PME sur le sujet,
et un autre site RomanduVin
propose aussi une belle comparaison historique des
crises de 1960 et 1926.
Un rapide condensé de tout ce qui se dit et ne se dit pas sur ce marché actuellement en souffrance.
Une petite analyse de la situation avec quelques pistes à creuser pour améliorer la situation.
Les morales se suivent et se ressemblent.
Une analyse critique de ce mouvement par rapport à ce qui l’a précédé.
Un grand coup de chapeau
Une petite présentation d’un duo de "créateurs de contenu" et de leur site.