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Neutralité ! Quelle Neutralité ?

auteur: RO publié / révisé le: 30.08.2026

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Le 27 septembre 2026, le peuple suisse devra se prononcer sur la fameuse initiative lancée par Christoph Blocher et ses soutiens pour durcir encore plus la neutralité de notre pays, dans un monde de plus en plus compliqué. Ses adversaires sont nombreux à juger cette démarche parfaitement inutile car la définition actuelle, héritée des «Accords de la Haye» suffit amplement à leurs yeux.

Nous voulons montrer ici que tout cela n’est qu’une vaste farce et que cette neutralité a été et est toujours appliquée de manière très différenciée selon les situations. On va l’appeler une neutralité à géométrie variable et expliquer en détail le pourquoi de cette position.

Un peu d’histoire ne peut pas faire de mal

La défaite des Confédérés face à François 1er à Marignan en 1515, les incite à se replier sur leurs terres et à signer une «paix perpétuelle» avec la France. Puis survient La Guerre de Trente Ans (1618-1648), conflit religieux qui déchire l’Europe, et la Suisse, composée de Cantons des deux bords, choisit de rester hors des combats pour éviter l’éclatement qu’auraient créé des alliances avec les divers belligérants. Et finalement en 1648, les traités de Westphalie reconnaissent l’indépendance de la Suisse vis-à-vis du Saint-Empire romain germanique.

En 1815, avec l’acte de Vienne, les grandes puissances (Royaume-Uni, Autriche, Prusse, Russie, France) reconnaissent et garantissent la « neutralité perpétuelle » de la Suisse. Pas par altruisme, mais pour créer une zone tampon au centre du continent et sécuriser les cols alpins (liaisons stratégiques, notamment pour le commerce).

Les Conventions de La Haye de 1907, assujettissent la neutralité à un ensemble de règles de droit public contraignantes qui définissent notamment :

  • Les droits : Inviolabilité de son territoire et liberté de commercer avec tous les belligérants (le fameux courant normal appliqué en général par la Suisse et qui consiste à ne pas changer les quantités et valeurs des échanges pendant le conflit, pour ne pas en profiter).

  • Les devoirs : Ne pas participer directement aux guerres, ne pas fournir de troupes aux pays en conflit, et défendre son propre territoire par les armes si nécessaire (neutralité armée).

Par la suite, en 1914–1918 : La Suisse mobilise son armée pour surveiller ses frontières, mais traverse une grave crise interne, la population romande penchant pour la France et la population alémanique pour l’Allemagne.

En 1939–1945 : Encerclée par les forces de l’Axe, la Suisse pratique une neutralité de stricte survie. Elle combine dissuasion militaire (le Réduit national du Général Guisan) et concessions économiques majeures envers l’Allemagne nazie (achats d’or pillé, livraisons de matériel de guerre, transit ferroviaire). Ce sont les plus graves entorses à sa neutralité qui lui vaudront bien des déboires à partir de la fin de la guerre froide.

Pendant la Guerre froide : La Suisse applique une neutralité dite « intégrale ». Elle refuse d’entrer à l’ONU mais développe la doctrine des « bons offices ». Elle devient le terrain neutre idéal pour les sommets de paix internationaux (Genève) et représente les intérêts diplomatiques de pays brouillés. Mais à nouveau, elle maintient un certain soutien à des régimes considérés comme idéologiquement proches par son gouvernement, et surtout continue de commercer avec ces pays malgré les embargos décrétés par les Nations-Unies dont elle n’est pas membre. Et ce faisant, elle ternit sa réputation internationale en passant pour un pays de «profiteurs opportunistes».

Après la Guerre froide et la chute du mur de Berlin, la Suisse entre finalement à l’ONU en 2002, comme membre à part entière, après un statut d’observateur obtenu en 1948. Elle en héberge, depuis 1946, le deuxième plus grand centre, l’Office des Nations Unies à Genève.

La chute du rideau de fer et l’évolution de la géopolitique mondiale ont profondément modifié la perception des Suisses et conduit à une redéfinition de la neutralité. Avec la disparition de l’affrontement Est-Ouest, l’ONU n’est plus perçue comme un champ de bataille idéologique entre deux superpuissances, mais comme une plateforme de coopération universelle, ce qui ne durera pas très longtemps, mais aujourd’hui les acteurs puissants sont plus nombreux. Le Conseil Fédéral a compris qu’il était plus intéressant d’avoir droit à la parole et aux décisions que de rester en coulisses, avec le risque d’isolement que cette attitude pouvait entraîner et que l’on commence à constater au niveau européen.

En 1990, lors de la guerre du Golfe, la Suisse choisit d’appliquer les sanctions économiques de l’ONU contre l’Irak. Les autorités démontrent alors que la neutralité n’empêche pas de condamner une violation flagrante du droit international. Elle poursuit en adhérant aux sanctions contre la Russie suite à l’invasion de la Crimée puis de l’Ukraine.

L’évolution du cadre légal suisse

La société civile et de nombreuses ONG ne cessant de dénoncer la contradiction entre la "tradition humanitaire" helvétique et son commerce d’armes, la législation s’est durcie au fil du temps :

  • La Loi sur le matériel de guerre (LFMG) interdit en théorie d’exporter des armes vers des pays impliqués dans des conflits armés internes ou internationaux, ou violant gravement les droits humains.

  • Le concept de "biens à double usage" (civil et militaire) reste cependant une zone grise majeure. De nombreux composants électroniques ou machines vendus à des dictatures ou pays en guerre échappent à la loi stricte sur les armes car ils possèdent techniquement une application civile potentielle.

Pour les votations fédérales du 27 septembre 2026

Les promoteurs de l’initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse » — portée par l’association Pro Suisse et des figures de l’UDC comme Christoph Blocher — veulent ancrer une définition beaucoup plus stricte et rigide de la neutralité directement dans la Constitution fédérale. Leur objectif principal est de supprimer la marge de manœuvre actuelle du Conseil fédéral et du Parlement, qu’ils accusent d’avoir affaibli le pays en reprenant les sanctions européennes contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine.

Le texte des initiants exige trois changements majeurs :

L’interdiction absolue des sanctions unilatérales : La Suisse ne pourrait plus imposer ou reprendre de manière autonome des « mesures de contrainte non militaires » (sanctions économiques ou diplomatiques) contre des États belligérants. Seules les sanctions votées à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU resteraient autorisées.

Le blocage des alliances militaires : Le texte souhaite interdire constitutionnellement toute adhésion à une alliance de défense (comme l’OTAN). La coopération militaire avec des armées étrangères ne serait autorisée qu’en cas d’attaque armée directe contre le territoire suisse.

La neutralité permanente obligatoire : La Constitution imposerait une neutralité définie comme « perpétuelle et armée » s’appliquant en tout temps, empêchant la Suisse de moduler sa politique étrangère selon le contexte géopolitique.

Et je n’ai pas pu résister après toutes ces découvertes, à pasticher leurs affiches de campagne, qu’ils déploient partout avec les gros moyens dont ils disposent.

pasticheneutralité

Maintenant que le cadre est posé, on va peut-être pouvoir essayer de respirer un bon coup, réfléchir et décider quoi voter.

Les préalables

  • La Suisse est une petite nation montagnarde et exiguë, regroupant plusieurs «ethnies» différentes notamment de par la langue, la religion et la culture. Sa population est toujours tenaillée entre le soutien ou le conflit avec ses quatre voisins les plus proches. Il serait absolument impossible et intenable qu’elle prenne régulièrement position dans leurs affaires, cela conduirait rapidement à l’éclatement du pays.

  • La Suisse est, malgré ses différences internes, très homogène dans sa manière de vivre, d’exister, et de penser. La solidarité intercantonale est forte, surtout vis-à-vis de l’étranger. Les différences les plus fortes se situent souvent plus au niveau ville vs campagne, qu’au niveau du rideau de rösti ou de polenta.

  • La Suisse cultive un farouche désir de liberté et d’autonomie. Elle est très attachée à sa démocratie directe et à ses droits et devoirs. Elle est prête à les défendre avec une importante armée de milice. Elle n’aime pas participer à d’autres assemblées de nations car elle sait que sa petite taille la désavantage et que sa richesse actuelle (tel n’était pas le cas en 1648) fait beaucoup de jaloux, comme on le voit aujourd’hui avec notre ami Donald.

  • Tant que les relations étaient basées sur des accords signés et respectés, elle était toujours prête à faire de grandes concessions pour obtenir le droit de continuer des relations harmonieuses à tous niveaux, ou presque, avec tous les pays, ou presque. Malheureusement, le monde change et, toujours notre ami Donald, qui aligne désormais Xi et Poutine, nous prouvent qu’ils ne sont plus prêts à tout respecter et qu’ils veulent une plus grosse part du gâteau.

  • La Suisse n’est plus dans la position de tampon entre les puissances européennes qui garantissaient sa neutralité comme à Vienne en 1815. Sa puissance économique est jalousée et personne ne la défendra s’il n’y trouve pas un intérêt direct. Il est fort probable qu’elle devra un jour adhérer à l’UE pour éviter de se trouver complètement isolée et éviter les brimades de toutes sortes qui commencent à se faire jour de la part des 27.

Bref, vous l’aurez compris, cette nouvelle neutralité renforcée que désirent Blocher et ses copains ne va pas nous permettre de nous débrouiller mieux au milieu du panier de crabes, car elle va nous laisser au dehors. Alors on aura deux solutions : soit on n’aura plus rien à manger parce que tout est dans le panier, soit le prédateur des crabes nous bouffera en apéro parce qu’on sera seuls dans notre coin.

Vous ferez ce que vous pensez juste, mais moi je vais voter NON à cette initiative qui ne sert à rien de plus qu’à faire mousser Christoph une dernière fois et je ris en pensant à la phrase de Dante ci-dessous.

dante



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